Pardaig est un artiste originaire de Montréal au Québec, nouveau à la scène électronique. Nous avons cru bon de le rencontrer pour voir ce qu'il avait à dire.
Patrick Lefèbre de TechnoQuebec.com : Je sais de source certaine que vous avez joué de la guitare durant environ dix ans avec des formations rock influencées par le métal avant de vous mettre à la musique électronique. Ce changement est-il dû à une volonté de découvrir de nouveaux horizons ou étiez-vous simplement écoeuré d'avoir à faire à des bassistes et des batteurs stupides?
Pardaig (DJ Sorcier) : Disons que c'est beaucoup moins compliqué de faire de la musique électronique, puisque je peux tout faire chez moi. Aussi, l'enregistrement des pièces ne me coûte rien. Avec un groupe, il y a le problème de réunir tous les membres pour les pratiques et le fait que l'enregistrement en studio peut coûter assez cher.
P.L. : C'est vraiment pour des questions purement pratiques?
P. : Bien, il est évident que c'est aussi parce que j'écoute maintenant beaucoup de musique électronique et que c'est naturel pour moi de vouloir faire de la musique semblable... D'un autre côté, j'écris aussi des pièces assez agressives qui sont directement influencées par le heavy métal, même si elles sont rares.
P.L. : Quelles sont les différences dans votre façon de composer entre avant, avec la guitare et maintenant, votre matériel électronique ?
P. : Le processus de création est différent car dans la musique électronique il n'y a pas d'aspect technique, je veux dire qu'on n'a pas à se demander si on va être capable de reproduire techniquement ce qu'on veut faire. L'aspect prétentieux du rock, le côté "virtuose qui veut montrer son talent" est évacué. On se contente de faire ce qu'il faut pour la pièce.
P.L. : Ça pourrait être aussi de la paresse, non?
P. : Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple...
P.L. : Avec quel matériel travaillez-vous?
Pardaig (DJ Sorcier) : Avec Sample Creator, un vieux logiciel "cheap" de 15$ que j'ai trouvé dans le recoin d'un magasin avec des jeux vidéo datant de 1995. J'utilise aussi parfois Cake Walk. Je sais que je devrais travailler avec Reason, mais je m'en fous.
(J'échappe de chocolat chaud sur la nappe de sa table de cuisine et il me traite de "chien puant").
P.L. : Le mot "sorcier" utilisé pour un DJ est plutôt curieux... vous souhaitez envoûter vos auditeurs?
P. : En effet, mais je ne crois pas garder longtemps ce nom. J'ai pensé à utiliser DJ Pardaig, ou Pardaig tout court, qui est mon nom en germanique et qui est beaucoup plus neutre que DJ Sorcier, qui est un nom connoté, pouvant donner des idées préconçues à l'auditeur. DJ Pardaig est aussi un nom beaucoup plus original.
P.L. : Le terme "DJ" est surtout utilisé par des types qui veulent faire danser une foule. Or, votre musique n'est pas ce qu'il y a de plus "méga-groovy-jojo-la-joie"...
P. : Pour moi, la musique électronique est surtout une question de choix d'instrument qui n'amène pas l'obligation d'écrire des pièces dans un genre précis.
P.L. : D'accord, mais pourquoi le choix du terme "DJ"?
P. : Il est vrai que le terme "DJ" a un sens connoté qui sied mal à ma musique. En fait, je crois que je devrais carrément l'enlever pour appeler mon projet Pardaig tout court. "Sorcier" est un nom qui devait être accompagné par autre chose, alors que "Pardaig" se débrouille mieux seul... Avec Pardaig, je pourrais même faire de la musique jazzy si je le voulais...
P.L. : En écoutant vos pièces, on a souvent l'impression que peu importe comment elles commençent, elles finiront dans la mélancolie. Vous êtes d'un naturel plutôt ombrageux?
P. : Euh... Il est naturel pour moi d'écrire avec des gammes mineures. Je considère aussi que la majeure partie de la musique mélodique de qualité est triste, quel que soit le genre. Je ne me verrais pas faire des trucs à la Shania Twain, de la musique qui célèbre la joie de vivre... D'un autre côté, je fais aussi des pièces plus industrielles, plus neutres, dans lesquelles il n'y a pas vraiment de mélodie.
P.L. : Les noms de vos pièces sont généralement très froids, comme par exemple "Plaisir Consommé". C'est pour les accorder avec les sonorités?
P. : Oui, je veux que le nom des pièces reflète les sonorités, ce à quoi elles me font penser. En ce qui concerne "Plaisir consommé", la pièce débute comme de la musique de centre d'achats, et ça me faisait simplement penser au plaisir que l'on a à acheter des produits.
P.L. : Mais encore une fois, cette pièce se termine par des notes de piano tristes...
P. : Eh oui... car je me suis rendu compte que si j'éprouve maintenant du plaisir à acheter des produits, c'est la preuve que je me suis fait avoir par le système...
P.L. : Quelles sont vos influences majeures en terme de musique électronique?
P. : Le courant "intelligent techno", particulièrement les formations sur la maison de disques Warp, comme Aphex Twin, Autechre, etc. Mais j'écoute d'autres trucs comme du jazz et de la musique classique qui, je l'espère, m'influencent aussi, et du matériel plus commercial, comme VNV Nation et DJ Tiesto.
P.L. : En terminant, avez-vous fait des démarches auprès de compagnies de disques?
P. : Je suis reconnu pour être assez lent sur ce genre de choses, mais j'ai l'intention d'envoyer des dc à plusieurs compagnies, comme Warp, même si ça m"étonnerait que ça les intéresse... En passant, si vous travaillez pour une maison de disques et que vous lisez ceci, n'hésitez pas à me contacter, ha, ha, ha (rire sinistre) !